L'origine de ce texte — qui conserve, et ce fut ma surprise en le redécouvrant, toute sa valeur — se perd un peu dans la brume de mes souvenirs. J'avais été approché, à la suite de je ne sais plus quelles circonstances, par l'équipe d'un député gaulliste isérois, lequel m'avait même fait l'honneur de m'inviter au mess des officiers local, sans doute pour entraîner mon adhésion à son projet. Il avait besoin, m'avait-il expliqué, d'avoir des idées claires et précises sur les problèmes éducatifs, qu’il maîtrisait mal. J'étais assez réticent : je ne le fus plus, d'emblée, lorsque je l'entendis proférer une énormité — à mes yeux, du moins. En effet, il me confia que tout le malheur du monde éducatif tenait à l'utilisation de la méthode globale. Je faillis me mettre en colère, ou lui rire au nez. Je décidai plutôt, sur le champ, de rejoindre le groupe d'enseignants et d'administratifs qui s'efforçait de l'épauler. Et mon entrée en matière fut un texte — celui qu'on va découvrir, très précisément — qui avait l'ambition et de me faire connaître des autres participants, et d'amorcer une éventuelle discussion quant à son contenu.
Il y a trente ans, surchargé de tâches diverses et variées, j'avais peu de temps à consacrer à l'écriture. Il faut cependant reconnaître que trois ans auparavant, "contraint et forcé" d'écrire à mon ministre de tutelle (le sieur Bayrou), j'avais dans cette perspective accumulé documentations et réflexions. Mais à y bien regarder, je me dis que j'ai couché sur le papier, sans doute trop rapidement, ce qui me vint alors à la pensée, et que ce texte est sérieusement lacunaire. Il n’empêche : tel qu'il se présente, ce modeste écrit contient d'indéboulonnables assertions, et nombre de prémonitions (la baisse de niveau, en particulier) aujourd'hui, avec le recul, plus qu'avérées ; et ce n'est certainement pas le nouveau ministre de l’éducation (Édouard Geffray), qui me démentira lui qui, à peine nommé, a déclaré que la situation de l’école était "extrêmement inquiétante"... Il a également fait allusion à "l'effondrement démographique". Las, cette notion ne s'applique pas seulement, aujourd'hui, aux phénomènes de population. Mais surtout au domaine dont il est ici question.
Bref, concluons que, déjà, j'étais assez bon juge et prophète...

 

εἰς μνήμην - À la mémoire de Jean-René Monchambert (1928-2018), Inspecteur d'Académie et Proviseur, injustement traité par le pouvoir socialiste, et dont les protestations furent ridiculisées, puis étouffées.

 

 

"Je dis tout haut quelques vérités que l’on cache souvent"

Jean-Pierre Prouteau [franc-maçon, fondateur du Club République et Démocratie, en 1978. Il était alors Secrétaire d’État auprès du Ministre de l'Industrie]

 

 

Prolégomènes...

 

La société française est bien malade. Cela ne relève de notre interrogation qu’à proportion de notre statut de citoyen responsable. À cet égard, nous pourrions dire que le texte publié par le député RPR Ernest Chenière et concernant la déliquescence de la société, ouverte à tous les diktats d'associations ultra-minoritaires, nous convient assez[1].

En revanche, de fort longue date professionnel du monde éducatif, nous disons que l’enseignement français est profondément malade, lui aussi. Et que la société française ne pourra aller mieux, à terme, que si la puissance publique commence à prendre à bras le corps — et à les traiter vigoureusement — les lancinants problèmes de l’enseignement.

Mais avant de poursuivre, trois brefs rappels s’imposent :

 

D’une part, dès leur triomphe électoral acquis, les socialistes ont dépensé sans compter… l’argent qu’ils ne possédaient pas : augmentation du SMIG de 10 %, du minimum vieillesse de 20 %, des allocations familiales de 25 %, et création immédiate d'au moins 55 000 emplois dans le secteur public ; enfin, âge de la retraite ramené de 65 à 60 ans. L’effet de cette folle démagogie ne s’est pas fait attendre, sur l'inflation, le commerce extérieur, la balance des paiements et les finances publiques … L'État socialiste, on semble l’avoir oublié, a été contraint de recourir par trois fois, et dans des délais fort rapprochés, à une importante dévaluation de sa monnaie (jusqu’au moment où le rigoureux Delors a sifflé la fin de la récré — ce que l'on a pudiquement nommé "le tournant de la rigueur").

À ce point, il paraît nécessaire d'élargir le propos, et de rappeler que l'arrivée des socialistes au pouvoir, en mai 81, s'est également accompagnée d'une vigoureuse reprise en main, le mot est faible, du monde éducatif (n'a-t-on d'ailleurs pas appelé la Chambre élue après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand, la République des professeurs ?) : c'était il y a seulement quinze ans, et tant de choses paraissent avoir été oubliées, passées par pertes et profits, peut-être...

D’autre part, à la rentrée 85, Le Monde annonçait, avec des accents de triomphe, l'avènement d’une "nouvelle race d’instituteurs" : adieu, "l’instituteur fils du peuple, en blouse grise" [la fameuse blouse Camif — que nous portâmes, avec fierté !] : on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu, et ce qu’on a vu — et ce qu’on n’a pas fini de voir —, c’est un effondrement généralisé, à tel point qu’on pourrait déjà parler d’un désastre. Tandis que des cuistres nous serinent imperturbablement que "le niveau monte" ! En tout état de cause, sur le plan de la justice scolaire, rien ne risque de changer — bien au contraire ; on peut sans crainte d'être démenti affirmer avec B. Convert : "le fait le plus apparent du système scolaire français actuel est celui-ci : l'élite scolaire est recrutée avant tout dans l'élite sociale"[2] (Entendez : le corps enseignant).

On a vu enfin — je risque ici une incursion dans les années-collège —, et c’était une réaction d’effarement, l’incroyable, la quasi-unanime levée de boucliers devant un projet Legrand somme toute fort modeste. Bel étendard du changement, en vérité, pour cette "République des professeurs" ! Sacrée antienne que celle de la prétendue dégradation des conditions de travail ! Peut-être est-il permis de citer ici la lettre d’une enseignante, bien isolée dans sa réaction [Danielle F., de Blois], publiée en juin 83 dans le Monde de l’Éducation, sous le titre : "Mes collègues ont-ils tant à perdre ?"
Je viens de lire les réactions des enseignants aux propositions Legrand. Par ailleurs, j'ai participé à un stage syndical sur le même thème. Et je suis écœurée. J'ai même honte. Partout, on n'entend que des réactions mesquines et corporatistes dans la bouche de mes collègues. Ils ont peur. Peur de passer quelques minutes de plus dans l'établissement, peur d'avoir des relations différentes avec les élèves, peur de devoir parler avec leurs collègues de ce qui se vit dans leur classe, peur d'ébranler ces (in)certitudes pédagogiques qui sont venues progressivement scléroser leur enseignement. Mais bon Dieu ! Ont-ils donc tant à perdre de voir des élèves moins paumés, de travailler en équipe au lieu d'affronter seuls les problèmes ? Est-ce donc tant nuire à leur vie privée que de passer deux ou trois heures par semaine à établir des projets pédagogiques dans leurs classes, à préparer des cours avec les collègues, à écouter les raisons de l'échec de certains élèves ? C'est à croire qu'ils y sont heureux, les profs, au collège, tel qu'il est ! Ils ne parlent que de moyens nécessaires pour améliorer l'enseignement. L'Enseignement en général, avec un grand E. Comme si l'enseignement, ça n'était pas, avant tout, leur classe, avec le paumé qui bricole au fond de la salle, la petite fille "timide" au premier rang et le chahuteur de service, dont ils rêvent la nuit. Ils veulent des sous, des postes, du papier, des techniques nouvelles. Ces moyens sont indispensables, et pas plus chers qu'un sous-marin terrible, redoutable ou foudroyant, certes. Mais ont-ils jamais, ces gens-là, ouvert un journal et perçu l'étendue de la crise ? Longue, cuisante, durable ? Veulent-ils donc continuer à croire que l'école est un îlot hors de la société, de la conjoncture, de la vie ? Il faut des moyens pour changer l'école. Il faut surtout des acteurs. Peu à peu, des textes paraissent ou vont paraître au Bulletin officiel de l'éducation nationale. Ils ne sont pas révolutionnaires, mais ils permettent d'amorcer des changements. La grande majorité des profs de collège ont entre trente et quarante ans. Dans dix ans, compte tenu de la baisse des effectifs et du recrutement, ils auront entre quarante et cinquante ans. S'ils ne se remettent pas en cause, maintenant que la gauche — qu'ils ont élue ! — est au pouvoir, ils ne le feront jamais. C'est bien dommage ! 

 

 

I. Quelques "Généralités"... administratives (mais pas que)

 

Et donc, qu’on ne se méprenne pas sur le sens de nos propos, voire de nos propositions : dans les lignes qui vont suivre, nous n’attaquons nullement le principe du syndicalisme, absolument juste et plus exactement nécessaire dans une société démocratique. Nous pointons et condamnons seulement ses trop nombreux et atroces dévoiements. En 1958, le jeune député UNR André Fanton (trente ans, à l’époque)[3] avait déclaré, à la tribune de l’Assemblée : "il faut mettre fin à la dictature du SNI". Près de quarante ans plus tard, nous en sommes toujours là : il n’est pas admissible que rien, dans le monde enseignant, ne puisse se faire sans l’aval des corporatismes les plus éculés ; doit-on en tirer la conclusion, peut-être rapide, que les mandants sont parfaitement d'accord avec leurs mandataires ?

Pour ne prendre que quelques exemples, il n’est pas admissible que le Syndicat des Instituteurs, après avoir craché d’une manière insupportable sur le rapport de l’Inspecteur général Couturier[4], puis parlé d'un Ministre en ces termes : "Beullac aux sommets de l’abjection [...] étalant sa haine et son mépris à l’égard [du SNI] en des termes comparables à ceux des fascistes de 1934 ou de l’Occupation"[5], feigne de tout oublier et s’associe sans vergogne à l’hommage rendu, lors de son décès (juin 1986), à l’ancien ministre de l’Éducation (précisons : grenoblois ; polytechnicien ; officier, lors de la campagne d'Allemagne, sous les ordres de Lattre de Tassigny — quel "fasciste", en effet !). De tout oublier, car il n’est pas davantage acceptable, comme l’écrit G. Jacquet, "qu’un secrétaire général d’un Syndicat national puisse se vanter de pouvoir faire la peau d’un ministre"[6]. Or le SNI s’est assez vanté d’avoir obtenu, sous Giscard, le remplacement de René Haby par Christian Beullac.

Il n’est pas davantage supportable qu’une conscience véritablement universelle, authentique homme de gauche de surcroît, Laurent Schwartz[7], qui, en 1982 (Document "Commission du Bilan"), avait accusé le SNI d’avoir "pratiquement sacrifié son idéal de formation des maîtres dans un but de puissance politique et sociale", soit ipso facto traîné dans la boue, en des propos, en des termes ignobles qui plus est : "Schwartz a fait sa crotte"[8], lesquels propos jugent au premier chef, et très cruellement, ceux qui les ont proférés.

Pas davantage qu’on ne saurait admettre  — pour reprendre les termes de la circulaire du 14 janvier 1930[9] —, "qu’un fonctionnaire, de sa propre initiative ou pour obéir à des injonctions extérieures, entrave le cours régulier du service et prétende fixer lui-même les obligations dont il est tenu à l’égard de ses chefs". Et pourtant, voilà que les Directeurs d’école font grève depuis plus d’un an, sans la moindre retenue de salaire, et sans aucun avertissement de la part de la puissance publique[10]. Rappelons donc le mot terrible de Rousseau : "Quand on peut désobéir impunément, on le peut légitimement".

Ainsi se conjuguent insultes personnelles, inacceptables mensonges caractérisés, calomnies lestées de comportements inexcusables, pour tenter de jeter le discrédit sur tout ce qui tranche par rapport au ‘politiquement correct’ : "vous avez juridiquement tort, car vous êtes politiquement minoritaires".... Il est par conséquent navrant de devoir constater que le gouailleur pamphlet du professeur d'Université Martinez (et vice-président du Front national...) contient, parmi d'insupportables et fielleuses outrances, d'incontestables et terribles vérités[11].

Et puis il y a un cas patent d’intolérance, à mes yeux emblématique, et dont tout souvenir paraît avoir comme par enchantement disparu. Et cependant, l’année du triomphe de la gauche au pouvoir n’est pas très éloignée du temps que nous vivons. Je veux ici faire allusion au sort de l’ancien Inspecteur d’Académie de la Lozère, "victime d’une cabale montée de toutes pièces", selon sa propre expression. Le SNI de son département lui reprochait ses "actes d’autoritarisme caractérisé", et estimait que son attitude était "contraire à la volonté de changement et de dialogue". Traduisons en langage clair : ce sinistre individu avait refusé de baisser son pantalon devant le Syndicat des instituteurs, tout-puissant, comme on vient de le voir. Et si certains, in petto, avaient pu reconnaître que sa mise à pied n’était que la conséquence de son courage — celui d’affronter les féodalités —, il est piquant de noter que le dit SNI a été au courant de la mesure "administrative" (lisez : disciplinaire) bien avant sa signification à l’intéressé.

En effet, cet agrégé de Grammaire ne pouvait guère peser plus que son poids, qui n'était pas bien lourd, devant les petits bacheliers syndicalistes. Crime suprême, il allait à la messe ! Bien fait pour lui ! Et Libé d’exulter en notant que l’I. A. avait été "mis au placard"[12]. Vidé de son emploi, serait plus exact. L’Inspecteur d’Académie tenta de se justifier : "J’ai été sanctionné parce que je faisais mon travail".

Il ne fut pas le seul, dans ce cas. Le signataire de ces lignes en sait quelque chose. Et tant d’autres, qui se sont tus, après avertissements, voire menaces proférés durant cette authentique chasse aux sorcières, inattendu effet de la force tranquille.

Lors de la fameuse Montée au Panthéon, l'ineffable Lang avait corné que notre pays était en train de passer "de l'ombre à la lumière". En réalité, qu'on me pardonne cette remarque, il est bien davantage passé de la lumière à la boue, pour reprendre le mot de Stendhal.

Mais ajoutons que cette triste autant qu'édifiante histoire vient, tout récemment, de connaître une lamentable suite. Le fonctionnaire en question a finalement été reversé dans son corps d’origine ; il achève sa carrière comme Proviseur d’un grand Lycée annécien. C’est aussi une heure de gloire pour le détestable Lang. À peine promu Ministre de l’Éducation nationale, cette créature n’a rien de plus pressé que de publier une note (26 juin 92) concernant l’installation de distributeurs de préservatifs à l’intérieur des lycées… Notre Proviseur refuse, avec de solides arguments : "croyez-vous que les résultats scolaires vont s’améliorer si des élèves se détournent de leur travail pour mieux chercher un partenaire de fin de semaine ?" argumente l’agrégé. Mais il a contre lui la grande majorité de ses professeurs, et en particulier — évidemment — la responsable locale du SNES (Syndicat national des enseignements du second Degré). Et les médias nationaux, dûment avertis, de le tourner en ridicule...

Après ces quelques rappels, il nous faut avouer que le discours de F. Bayrou, en décembre 1993, écœurant de démagogie à l’égard des syndicats (sans doute pour rattraper la malheureuse affaire de la tentative d’abrogation de la loi Falloux), nous paraît proprement insupportable : aucun Ministre, à notre connaissance, n’était allé aussi loin dans l’obséquiosité.

C’est pourquoi il nous semble qu’il faudrait donner corps, par exemple, à la remarque éclairée de Jean-Marie Schleret (Président de la Peep), en mars ou avril 1984 : "plus que de crédits supplémentaires, c’est d’abord de vérité que l’école a besoin"[13].

 

 

II. À propos de L’école maternelle

 

On nous explique aujourd’hui doctement (les chercheurs de l'Iredu en particulier) que quatre années de Maternelle prédisposent sûrement à une meilleure réussite en élémentaire[14]. Et tous les idiots utiles de se pâmer, comme en témoigne par exemple un article récemment paru dans notre quotidien local[15] : "La maternelle à 2 ans : tout bon ! Un enfant sur trois prend ainsi une avance définitive...". Tu parles ! On passe sous silence un détail apparemment sans importance, savoir que cela profite d'abord aux enfants de la classe privilégiée, qui de toute manière n'ont pas besoin de l'école. Dès lors, est réduit à néant le premier argument utilisé pour le développement de l'éducation préscolaire : sa dimension compensatoire ; le système, n'est-il pas vrai, n'est pas à une contradiction près. Mais on omet aussi, soit dit en passant, de se demander pourquoi la France est le seul pays au monde à poursuivre une telle politique de la petite enfance[17]. Et, tandis que nos voisins confédérés s'interrogent prudemment sur les éventuels effets d'une "scolarité précoce" à trois ans[17], nous sommes lancés, depuis au moins une décennie, dans la scolarisation des deux-ans. À quand la scolarisation à six mois ?

Or il se trouve que l’un de ces "explicateurs", le chercheur de l'Iredu A. Mingat, avait antérieurement publié une étude fort documentée indiquant en particulier que le nombre d'années en Maternelle n'avait aucun effet significatif sur la réussite en élémentaire[18] : les choses ont-elles changé à ce point en l'espace de cinq années ? Ou s'agit-il maintenant de justifier 'scientifiquement' le rééquilibrage du rapport des forces entre socialistes et communistes au sein de l'ex-FEN[19] ?

Mon sentiment est que, partout où les enfants entrent à deux ans, "ils en ont marre à cinq" comme dit l'une de mes institutrices (en élémentaire !), et leurs parents de se précipiter vers la procédure de passage anticipé au CP — qui n'existe en principe plus, mais qui est assez massivement investie par les classes dites dominantes.

En tout état de cause, il n’est pas indispensable, comme l'écrit encore G. Jacquet, de demander à l’école de satisfaire un besoin qui pourrait l’être à moindre coût par la crèche ou la garderie[20]. Après avoir dénoncé le gâchis de payer "une maîtresse diplômée à bac + 5 pour passer des après-midi, de surcroît en compagnie d’une ATSEM, à surveiller le sommeil des gamins qui lui sont confiés"[21], Jacquet conclut : "Jusqu’où faudra-t-il aller dans les dépenses publiques ? À la longue, les contribuables ne risquent-ils pas de se lasser ?"[22]

En réalité, il faudrait mettre résolument en œuvre un processus de transformation, ou tout au moins de rénovation de l'acte pédagogique, susceptible d'entraîner, par le développement des capacités de chacun et une meilleure prise en compte des processus d'acquisition, un rendement plus élevé des énormes sommes consacrées par la société française à l'éducation de ses enfants[23].

Mais en avons-nous la volonté ?

 

Notes

 

[1]. Publié en partie le 14 Décembre 1993 dans le quotidien Le Monde sous le titre "Les exigences des marginaux".
S'agissant de la notion de déliquescence, on se demande ce qu'il convient de penser d’un Ministre de l'Éducation en exercice (J. Lang), glorifiant la vie du sidaïque et bi-sexuel Cyril Collard (et assassin par contamination d'une infortunée jeune fille), et la donnant en exemple aux jeunes (lors de son décès, en mars 1993) ?

[2]. Bernard Convert, in "Les classes terminales et leur public" (Revue française de sociologie, avril juin 1989, p. 225).

[3]. Aujourd’hui revenu à 65 ans, avec la "vague bleue" de 1993, comme député RPR du Calvados.

[4]. Jean Couturier, "Propositions pour améliorer le fonctionnement du système éducatif", novembre 1980.

[5]. L'École libératrice n° 28 du 15 mai 1981, p. 1276.

[6]. G. Jacquet, De l’éducation nationale ou le bilan de santé d’une sexagénaire, Nathan pédagogie, 1995, p. 162. Jacquet fait allusion à l’ouvrage de Hamon et Rottman, Tant qu’il y aura des profs (Seuil, 1984), et aux émissions de télévision consacrées à l’ouvrage.
Le ministre visé est René Haby, effectivement mis à la porte sous la pression du SNI, et le Secrétaire général en question se nommait  Jean-Claude Barbarant.

[7]. Et savant incontesté. Rappelons qu’il fut le premier titulaire français — et longtemps le seul — de la médaille Fields, l’équivalent pour les mathématiques du prix Nobel. On pourra prendre connaissance de ses options éducatives en parcourant Le Monde de l'Éducation ("L’enseignement malade de l’égalitarisme", septembre 1991, pp. 66-67, et réponses des lecteurs, n° de décembre 1991 et janvier 1992).

[8]. "Du haut de ses diplômes, [Schwartz] a fait sa crotte réactionnaire et son pensum méprisant" (L'École libératrice n° 15 du 23 janvier 1982, p. 678). Le texte est signé d'un certain Michel Bouchareissas, président du CNAL (Comité national d'action laïque). On mesure ainsi la généreuse inspiration et la hauteur de vue de ceux qui prétendent assumer à eux seuls la défense de la laïcité. Ce sont hélas de tels médiocres, socialo-francs-maçons la plupart du temps — le Général les eût qualifiés de "petits trous du cul" —, qui donnent le la à notre système éducatif (que le monde entier, paraît-il, nous envie...). Quand, de plus, on apprend avec stupeur qu'un instituteur de base peut du jour au lendemain être bombardé Inspecteur général, on se prend à s'interroger : pourquoi se gêneraient-ils ?

[9]. RLR, 721-2.

[10]. Il est piquant de remarquer que les mêmes, à l’instigation du SNI, étaient allés faire au Ministre Monory, sous ses fenêtres, en sa bonne ville de Loudun,  une conduite de Grenoble, alors que, précisément, son projet des Maîtres-Directeurs améliorait considérablement leur sort. On ajoutera le scandale des grèves sauvages de décembre dernier, n’ayant donné lieu — sur instructions orales du Ministre Bayrou — qu’à des retenues très partielles. Et on se souviendra de la même façon de la grève des inspections de 1981 (sous C. Beullac), qui a duré un an, et n’a donné lieu à aucune riposte de la part du pouvoir. Enfin on ne fera que citer, pour la triste petite histoire, la voiture de la secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat, couverte de crachats (en décembre 1995) par des instituteurs SGEN de la Fédération de Paris : est-ce là ce qu’on est en droit d’attendre d’éducateurs ?

[11]. Jean-Claude Martinez, "L'École fromage", in Le Figaro-Magazine du 15 novembre 1986 — il s'agit d'une "récidive", le même hebdomadaire ayant antérieurement publié en septembre 1982 un article fort documenté intitulé "L’école publique est un désastre".

[12]. N° du 18 décembre 1982.

[13]. J.-M. Schleret rappelle le décret du 11 février 1932 [je n’ai jamais pu mettre la main dessus] qui prévoit 1 700 heures de travail par an, réparties sur 38 semaines.

[14]. Cf. par exemple l'article publié dans le Nouvel Observateur du 27 mai 1992, qui popularise cette thèse. Mais aussi Le Monde de l’Éducation, la RFP, etc.   
Pour ceux qui voient quotidiennement le travail effectué en Petite Section, et l'effarant absentéisme qu'on y constate de toute façon, il y a dans une telle affirmation cuistre un réel sujet de franche rigolade.

[15]. Le Dauphiné Libéré, n° du 28 juillet 1992.

[16]. Cf. par exemple le graphique éclairant publié dans l'École libératrice n° 14 du 5 janvier 1985, p. 17.    
On s'interrogera alors sur l'origine réelle de la montée en charge des maternelles, parallèle au glissement progressif de trois classes d'âge (11-14 ans) de l'école élémentaire vers le collège, à partir de la réforme Berthoin.
 Et on comprendra aisément l'incroyable levée de boucliers qui accueillit, en 1974, le projet Lesur (du nom d'une secrétaire d'État du Ministère Haby), lequel proposait de confier les deux-quatre ans à des aides-éducatrices.

[17]. "L'effet différencié du mode de prise en charge éducative [crèche vs école maternelle] sur le développement des jeunes enfants est relativement faible : les différences entre enfants ayant bénéficié du même type d'encadrement semblent plus importantes que celles que l'on peut observer en comparant différents modes de garde" (L. Rieben, Université de Genève. In Journal de l'Enseignement primaire n° 45, août-septembre 1993, p. 7).
Et puisque nous en sommes à nos voisins confédérés, nous signalons cette comparaison : en Suisse romande, actuellement, la part 'maternelle' de l'enseignement primaire s'élève à 16 %. En France, elle est passée de 21 %, en 1960, à 38.6 %, aujourd'hui.

[18]. S'agissant de l'entrée à deux ou à trois ans. Revue française de pédagogie, (n° 69, 1984) "Les acquisitions scolaires de l'élève au CP : l'origine des différences". Cf. en particulier p. 56 de la revue. L'auteur se place dans le cadre d'une ZEP.

[19]. Dont on sait que la volonté de puissance n'a nullement cessé avec la chute de la "forteresse enseignante".

[20]. Ouvr. cit., p. 101.

[21]. Id., p. 152.

[22]. Id., p. 153.

[23]. C'est ainsi que le Conseil économique et social a pu chiffrer à 100 milliards par an (en 1987) le coût du mauvais fonctionnement de l'école (soit environ le tiers des dépenses globales d'éducation pour cette année-là), et que cette somme exorbitante ne peut, bien sûr, prendre en compte la masse des souffrances individuelles, ou des drames intimes des victimes de l'échec scolaire. Cf. J. Andrieu, "Les perspectives d'évolution des rapports de l'école et du monde économique face à la nouvelle révolution industrielle", section des affaires sociales du Conseil économique et social, octobre 1987. Ce rapport, qui insiste sur les "malfaçons redoutables" du système éducatif français, parle surtout d'échec à l'école. Nous n'hésiterons pas, pour ce qui nous concerne, à parler d'échec de l'école.   
 Et, pour la petite histoire, nous signalerons ici que J. Andrieu, pourtant enfant du sérail (il fut Président de la Fédération Cornec, créée par le SNI), fut lui aussi traîné dans la boue par le SNI pour avoir signé un tel rapport.

 

© SH, 15 août 1996.

 


 

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