Une intéressante introduction au "Français élémentaire" (devenu, un an plus tard Français fondamental) par l'un de ses plus ardents défenseurs.

 

"Du syllabaire aux manuels du C.E. et du B.E.P.C., d'immenses simplifications sont à faire. Les matériaux sont à puiser, dès le syllabaire, dans le vocabulaire fondamental du français. C'est sur ce fonds commun de la langue que tout doit être repris, dégagé, enseigné, revu, élargi, amélioré"

F. Ters

 

 

 

 

I. Grandeur et déchéance

 

Étudions à la lumière des travaux statistiques exécutés sur le Français du XIXe et du XXe siècle, le texte irrévérencieux de J.-J. Brousson, paru dans Itinéraire de Paris à Buenos-Aires (Rombaldi, 1938, Paris, p. 300). Nous l'intitulerons : Dakar.

 

Nous faisons, ici, du charbon. La rive est si aride que personne ne bouge du bateau. Une barque neuve, anguleuse, avec un drapeau tricolore. — école ? prison ? — indique que le pays est civilisé. Autour du "Magellan", une nuée de négrillons sur des barques. Leur corps a la patine et la grâce des bronzes florentins. Mais les têtes, lippues et crépues, sont hideuses. Ils plongent pour un peu de monnaie. ils arrachent au gouffre la piécette. Mais, si elle est française, ils répliquent par des injures. Et des injures bien françaises : "Maquereau". Ils riment les dames en " ...tain". Ils possèdent notre langue. On en a regret. On aimerait mieux être insulté dans celle du pays.

Je laisse à J.-J. Brousson la responsabilité de ses irrévérences de toutes natures. Mais je n'aurai pas ses regrets et la raison en est toute simple. Transposons en pensée ce texte, à Marseille, au IIIe siècle de notre ère : un voyageur grec y juge le latin acquis par nos galopins celtes, au contact de la soldatesque et des marchands venus de Rome. C'est pourtant de ce latin de corps de garde et de place publique que nous sont venus et la tête et le corps et les membres de notre français. Il y a fallu quatorze siècles d'efforts ; et cela continue, plus ou moins. Or, il n'y a pas cent ans que nous songeons vraiment à enseigner notre langue et tout maître sent, parfois avec angoisse, le fossé se creuser entre la belle langue de nos classiques, même modernes, et le français parlé dans la cour de l'école.

 

 

II. L'éloquence des chiffres

 

Faisons objectivement le point ; voyons, à propos de notre texte, les certitudes que nous pouvons avoir en ce qui concerne l'essentiel : les bases du vocabulaire, de la grammaire et de la syntaxe, après les travaux sérieux et patients menés à bien sur notre belle langue en ces vingt dernières années... et le plus souvent hors de France !

Laissons de côté, une fois pour toutes, la rime en tain et les mots géographiques ou noms propres soulignés dans le texte de J.-J. Brousson. Si nous pointons les mots de ce texte sur la liste des 6 069 mots du French Word-Book de Vander Beke, 7 mots sur 110 ne s'y retrouvent pas ; ce sont : anguleux, crépu, lippu, maquereau, négrillon, patine et rimer. Cela représente 6,36 % du texte. La liste du French Word-Book a donc un rendement de 93,64 %.

La liste Aristizabal-Dubois ne comporte que 3 728 mots ; en plus des 7 précédents, 9 autres mots ne s'y trouvent pas ; ce sont : aride, baraque, civilisé, nuée, bronze, hideux, gouffre, répliquer, insulter. Au total, 14,54 % des mots du texte sont éliminés. La liste Aristizabal-Dubois fournit donc un rendement de 85,40 %.

Le lexique du français élémentaire comprend 1 574 mots (dont 200 dérivés), soit 25,93 % de la liste du French Word-Book, et 42 % de la liste Aristizabal-Dubois. Pointons encore. Nous sommes amenés à éliminer 11 mots nouveaux, soit au total 27 mots, ce qui fait 24,54 % de notre texte. Ce sont les mots : rive, bouger, tricolore, prison, indiquer, grâce, plonger, arracher, injure, posséder et regret. Le rendement de la liste du français élémentaire est donc de 75,40 %.

Nous avons renouvelé l'expérience, entre autres, sur trois textes donnés en dictée au Certificat d'études(1). Soit le texte du "Victor Hugo raconté", Les Enfants au Jardin : 75 % du vocabulaire se retrouve dans le français élémentaire. Pour le texte d'Émile Souvestre : Restons au village, 85 % des mots. Voyons encore le texte de Pierre Hamp : Marée fraîche, 48 % seulement de son vocabulaire se trouve inclus au lexique du français élémentaire. Ce texte est très spécialisé ; il n'est accessible qu'en milieu de marins où les noms des poissons sont utilisés quotidiennement.

 

 

III. La valeur du français élémentaire

 

Ainsi, tout bien pesé, dans les plus mauvaises conditions de la dictée de C.E., la liste du français élémentaire recouvre environ 50 % du texte. Mais dans les conditions normales de cette épreuve, il est équitable de dire que ce lexique couvre, au moins 75 % du vocabulaire suffisant pour atteindre un niveau au C.E(2). Or, nous sommes fort loin des modestes prétentions des promoteurs de l'enquête linguistique faite sur le Français parlé : Ce document devient la bible de quiconque se soucie de dégager d'abord les bases solides sur lesquelles construire tout le reste. Et il faudra savoir comment régler l'enseignement à l'intérieur même de ce minimum qui n'en pas loin d'être une somme.

En avons-nous les moyens ? Oui, et voici pourquoi.

 

 

IV. Langue orale et langue écrite

 

80 % du vocabulaire du français élémentaire se trouve être aussi le vocabulaire inclus parmi les 2 069 mots en tête de liste, par leur fréquence, dans le French Word-Book. Le français parlé forme nécessairement les bases de l'expression écrite et imprimée. J.-W. Haygood l'avait parfaitement souligné dès 1936. R. Dottrens et Dino Massarenti nous l'ont bien fait remarquer en leur temps. Pour plus d'évidence, voici comment se répartissent, dans la liste par fréquence décroissante du French Word-Book, les mots du français élémentaire :


- 60 % se retrouvent parmi les mots-outils, et entre le ...... 1er et le 1 000e
- 20 % entre le ...... 1 001 et le 2 000e
- 10 % entre le 2 001e et le 3 000e
- 6 % entre le ...... 3 001e et le 4 000e
- 2 % entre le ...... 4 001e et le 5 000e
- 1 % entre le ...... 5 001e et le 6 000e

Si nous nous reportons maintenant au vocabulaire de l'échelle Dubois-Buyse d'orthographe d'usage, nos contrôles nous permettent de constater que 88 % du vocabulaire du français élémentaire se trouve correctement acquis par 75 % de nos élèves à l'âge de 11 ans. Seuls 68 mots échappent à notre contrôle, dans l'état actuel de la recherche (4,2 %).


- 158 mots sont acquis entre 7 et 8 ans, soit environ 14 %. Cumulativement :
- 298 mots sont acquis entre 8 et 9 ans, soit environ 28 %. Cumulativement : 42 %.
- 308 mots sont acquis entre 9 et 10 ans, soit environ 28 %. Cumulativement : 70 %.
- 195 mots sont acquis entre 10 et 11 ans, soit environ 18 %. Cumulativement: 88 %.
- 88 mots sont acquis entre 11 et 12 ans, soit environ 9 %. Cumulativement : 97 %.
- 23 mots sont acquis entre 12 et 13 ans, soit environ 2 %.
- 7 mots sont acquis ultérieurement.

Il y a donc un rapport évident entre la fréquence de l'usage oral et imprimé et la rapidité plus ou moins grande de l'acquisition. La courbe établie à l'aide des données ci-dessus est celle de la distribution binomiale, dite courbe de Poisson. Or, il ne fait pas l'ombre d'un doute que l'orthographe d'usage française peut vraiment être dite la somme d'un grand nombre de variables aléatoires : mais le hasard lui-même obéit a des lois : à nous de les redécouvrir. Restreinte, limitée, la tâche n'est pas impossible ; elle a déjà tenté Aristizabal, Dubois, Pirenne, pour ne citer que les travaux statistiques sérieux ; elle reste à poursuivre : chaque heure de classe, chaque copie corrigée devrait y contribuer. Ce n'est pas la matière qui manque, ce sont les hommes ! Combien en est-il pourtant qui enseignent et corrigent et recommencent indéfiniment la même fastidieuse besogne.

 

 

VI. Primauté du verbe

 

Un trait saillant du lexique du français élémentaire réside dans la large part qu'il fait au verbe. Il comprend en effet approximativement : 56 % de noms, 29 % de verbes, 10 % d'adjectifs, 5 % d'adverbes. La proportion de l'emploi du verbe est très nettement supérieure à ce qu'elle est dans le français littéraire et c'est là une indication pédagogique capitale. Nous devrions doubler, décupler même, l'effort scolaire sur le verbe et cela bien plus tôt et avec plus d'insistance que ne le prônent les programmes. Le verbe est le moteur de la phrase et de ses nuances ; il demande pour être maîtrisé une gymnastique constante, une gymnastique difficile, en raison de sa précision même. Or, à 14 ans, nos élèves ne savent pas leurs conjugaisons et je ne parle pas seulement du passé simple ! Si l'étude sérieuse du verbe oral était renforcée, l'aisance et la souplesse acquises en ce domaine fondamental faciliteraient considérablement l'expression écrite : tout gain sur les mécanismes est un moyen de hâter, de faciliter, par la suite, le passage du concret à l'abstrait. Ce sont les verbes, ce sont les images et les gestes empruntés à la vie la plus courante qui constituent la trame de la langue abstraite : il y a simple transposition à un niveau supérieur des bases solidement acquises antérieurement. La quatorzième année chez les garçons, la douzième chez les filles, en moyenne, jouent le rôle d'une lentille qui inverse l'image linguistique de la vie concrète pour en faire de l'abstrait. Je le répète, les verbes ont, dans le vocabulaire de base, une tout autre importance que les listes ambitieuses de mots concrets et abstraits dont nous bourrons nos textes de classe et la tête de nos enfants. La conquête des nuances et de la précision, c'est par le verbe qu'il faut la faire d'abord.

 

 

VI. Les centres d'intérêt

 

Nous avons étudié comment se répartit, par centres d'intérêt, le vocabulaire du français élémentaire. Nous avons repris pour cela le classement établi par Dino Massarenti dans "Le Vocabulaire fondamental du français".


- 25 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème de la nature................................ 1
- 17 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème de l'homme................................. 2
- 15 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème des activités............................ ...3
- 16 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème de la vie matérielle............ ......... 4
- 14 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème de la vie intellectuelle et artistique 5
- 13 % du vocabulaire du français élémentaire concerne le thème de la vie sociale et de la société.. 6

Au total 40 % pour le monde et la vie matérielle, 60 % pour l'homme et sa vie physique, intellectuelle, artistique, morale et sociale. On ne saurait rêver d'un équilibre plus classique, plus humaniste. C'est bien l'homme qu'il importe de connaître plus que toute autre chose.

 

 

VII. Syntaxe et statistique

 

Restait à envisager le contrôle de la répartition grammaticale estimée comme vraiment fondamentale et seule consignée dans l'aperçu grammatical et syntaxique de la brochure : Le français élémentaire. Keniston, dans sa Spanish Syntax List, précise que pour un vocabulaire fondamental de 1 300 à 1 400 mots, il y a lieu de ne pas enseigner en syntaxe les faits qui ne se retrouvent pas tous dans au moins 33 % des textes. Le vocabulaire dépouillé pour le français élémentaire se monte à 315 000 mots environ. C'est à peu près le cinquième du volume des mots dépouillés dans 85 textes différents pour le French Word Book. C'est encore à peu près le quart du vocabulaire analysé par Cheydleur pour sa French Idiom List (1 200 000 mots en 87 textes). C'est à peu près la moitié du vocabulaire qui a servi de thème à la French Syntax List, de Clark et Poston (600 000 mots en 60 textes). Des tableaux de correspondance établis sur ces données nous montrent qu'en s'arrêtant à la fréquence 29, la liste du français élémentaire élimine environ 30 % des constructions grammaticales, les moins fréquentes du français oral ou écrit. Vérifications faites sur les fréquences, par exemple des conjonctions de subordination dans les divers travaux ci-dessus, il se trouve que l'ordre pédagogique conseillé par l'ordre des fréquences constaté dans les travaux sur la langue imprimée du XIXe et du XXe siècle, est aussi l'ordre que préconise le français élémentaire, à de très rares exceptions près. 70 à 75 % de la grammaire et de la syntaxe de notre langue se trouvent en fait dans la mince grammaire du français élémentaire...

 

 

VIII. Conclusions

 

M. G. Gougenheim nous donnera, sans tarder, les traits statistiques du vocabulaire et de la grammaire du français parlé. Sans avoir à se pencher sur ces traits. pourtant fort utiles et fort captivants, les enseignants peuvent et doivent, dès à présent, tirer parti de l'admirable instrument qu'est "Le français élémentaire" pour qui veut enfin trouver une boussole pour se diriger intelligemment dans l'énorme chaos de l'enseignement du français. Nous devons désormais repenser nos méthodes et créer.

Du syllabaire aux manuels du C.E. et du B.E.P.S., d'immenses simplifications sont à faire. Les matériaux sont à puiser, dès le syllabaire, dans le vocabulaire fondamental du français. C'est sur ce fonds commun de la langue que tout doit être repris, dégagé, enseigné, revu, élargi, amélioré. C'est encore à ce fonds commun qu'il faut recourir d'abord si l'un veut enseigner à parler, à penser, à écrire en des langues étrangères et anciennes. Rien ne sera clair dans les esprits et dans la langue tant que ce fonds ne sera pas assimilé. C'est affaire de clarté intérieure, dans l'esprit des maîtres d'abord. Toute la clarté, toutes les clartés françaises en seront le corollaire.

 

 

IX. Observations complémentaires

 

Notre travail sur "L'acquisition et l'échelonnement âge par âge du vocabulaire du français écrit", n'est pas encore imprimé, faute de crédit. Il attend des heures plus accueillantes pour les travaux pédagogiques sans valeur commerciale.

Nous avons en réserve l'ensemble du vocabulaire, statistiquement étudié, classé par familles étymologiques. L'édition en fut retardée à la demande de M. G. Gougenheim et n'attend plus que les données numériques de l'enquête sur le français parlé.

Il manque encore une étude structurale et statistique sur la phrase française. Ce travail est en cours d'exécution et fera l'objet de notre thèse principale. La thèse secondaire sera une étude sur les nuances de l'évolution et de l'emploi du verbe dans les travaux écrits de la jeune fille entre la dixième et la dix-huitième année.

 

 

X. BIBLIOGRAPHIE

 

Pour toute la bibliographie essentielle, se reporter à :


R. Dottrens : La pédagogie expérimentale et l'enseignement de la langue maternelle, et R. Dottrens et Dino Massarenti : Le vocabulaire fondamental du français, Delachaux et Niestlé, 1942 & 1952.

Nous nous bornons à y ajouter :
- Frederic D. Cheydleur : French Idiom List, New-York, 2e éd. 1947.
- Richard E. Clark and Lawrence Poston jr. : French Syntax List, New-York 1943.
- F. Ters : L'échelle Dubois-Buyse d'orthographe usuelle française. (Bulletin de la Société Alfred Binet, n° 405, 1951-1952), 29, rue. Madame, Paris (6e).

 

Notes

 

(1) Recueil de 160 dictées à l'usage des maîtres chargés des classes du second cycle, classées par centres d'intérêt, pour servir de complément à : "Notre belle langue le français", n°s 118-154 et 133, 1944, 9è édition. Éditions Charles-Lavauzelle, Paris.
(2) La présentation de M. le ministre André Marie contient 73, 6 % de mots inclus dans "Le français élémentaire".

 

© François Ters, professeur au Lycée Claude-Bernard, in L'Éducation nationale du 28 avril 1955 [Rubrique Pour la pratique de la classe]

 


 

Texte soumis aux droits d'auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.

 

 

 

ANNEXES

 

 

I. Brève note à propos de Jean-Jacques Brousson (1878-1958)

 

Jean-Jacques Brousson (1878, Nîmes-1958, Uzès), ancien secrétaire particulier d'Anatole France, était un journaliste (Nouvelles littéraires, Matin, Gil Blas, Dépêche de Toulouse, Candide), critique littéraire, écrivain.

 

 dakar

 

 

 

II. Français élémentaire, non !

 

1. - Le groupe du Français élémentaire ou standard, devenu fondamental, a eu à affronter de multiples attaques auxquelles il a résisté avec pugnacité, directeur en tête. C’était un spectacle étonnant ; car Georges Gougenheim que j’ai bien connu était un petit monsieur plutôt timide, qui attirait plus volontiers la raillerie que la défense. Mais il était obstiné et sa compétence de novateur était reconnue depuis l’avant-guerre quand, sous l’influence de son collègue de Strasbourg, Lucien Tesnière, il s’était initié au structuralisme pragois et avait publié en ce sens un Système grammatical de la langue française (1938). J’ajoute qu’après 1945, les novateurs étaient portés par un vent nouveau, par des créations ambitieuses comme l’UNESCO qui tentaient de répandre de par le monde des entreprises neuves comme la diffusion des grandes langues.

2. - L’attaque la plus violente vint de Marcel Cohen (1884-1974) qui, en 1944-45, était un linguiste prestigieux. Il avait été un des élèves les plus actifs d’Antoine Meillet, pendant et avant ses travaux sur le judéo-algérien, puis sur les langues abyssines ; il avait publié avec son maître Les Langues du monde (1924), tenu pendant longtemps pour un livre de base. Il participait activement aux Congrès internationaux des linguistes, depuis le premier tenu à La Haye en 1928. Il était reconnu comme spécialiste des travaux de terrain, qu’on n’appelait pas encore "sociolinguistiques" (le terme aura droit de cité chez les Français en 1966 au Congrès d’Évian, organisé par Joshua Fishman), et proposait avec obstination et depuis longtemps aux membres des Congrès un protocole d’enquêtes de terrain, avec questionnaire, sous le nom d’ "Instructions d’enquêtes linguistiques" (1928). En outre, militant politique important, membre du Parti communiste français ; comme militant, il s’intéressait à la diffusion du bon français dans le peuple de France. En pleine guerre, en 1942, il lui avait destiné une Petite grammaire française en quelques pages qui sera publiée en 1945 aux éditions Istra.

3. - Après la Libération, il joue un rôle essentiel dans la refondation du CNRS, menée par Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel et membre du PCF. M. Cohen défend, avec Mario Roques, vieux militant socialiste, linguiste prestigieux lui aussi, la place de la discipline linguistique (et particulièrement des enquêtes) dans l’organigramme des sciences et dans le recrutement des chercheurs. Mais son militantisme affiché lui vaut beaucoup d’ennemis. Déjà, pour la succession de Meillet, au Collège de France, on lui a préféré Émile Benveniste (1902-1976), spécialiste des langues iraniennes. Plus étonnant, quand une chaire de sociolinguistique est créée, après la guerre, dans une 6ème section des Hautes Études en voie de formation, elle est attribuée non à lui, mais à Joseph Vendryès, spécialiste du celtique, et guère actif, et guère sociolinguiste. J’ai suivi ses cours à cette époque : il lisait les épreuves de son manuel, Le Langage, qu’il avait rédigé en 1912.

4. - Que M. Cohen n’ait pas été contacté pour l’élaboration du Français élémentaire, et que Benveniste lui ait été préféré est une décision sidérante. C’est seulement après la guerre que Benveniste s’intéressera au français, aux problèmes de relations entre interlocuteurs, s’appuyant sur des principes puisés dans la littérature anglo-saxonne ; par exemple son article "La Structure des relations de personne" date de 1946. C’est bien plus tard qu’il pratiquera des enquêtes de terrain, dans les tribus d’Alaska (1952-1953) que Mauss avait déjà fréquentées ; mais les résultats de ses enquêtes ne sortiront pas des salles du Collège de France, au très maigre public ; et sont encore largement inédites. Au reste, même si Benveniste a assisté à toutes les réunions pour le Français élémentaire, comme l’affirme Gougenheim, on ne trouve guère trace de ses actions et interventions.

5. - Même blocage devant le modernisme à l’Université. En 1945, il existe une seule chaire de linguistique. Elle est à la Sorbonne, tenue provisoirement par le retraité Vendryès. André Martinet était candidat au poste auquel il aurait pu apporter son expérience de phonologue et de pédagogue, car cet agrégé d’anglais, lié au Cercle de Prague, s’était passionné avant-guerre pour l’enseignement des langues. Mais c’est Michel Lejeune qui y est nommé ; il est indo-européaniste. Martinet est contraint de s’exiler, pense d’abord d’aller à Londres, puis accepte un poste à New York, à Columbia University. Il reviendra presque dix ans plus tard.

6. - Marcel Cohen, qui a soif d’activités innovantes, mais est tenu en lisière par l’appareil universitaire, invente un remarquable moyen d’action : il anime un groupe de jeunes chercheurs linguistes qui se réuniront régulièrement chez l’un ou chez l’autre, groupe marxiste, c’est clair. Mais la plupart des intellectuels à l’époque étaient communistes. Comme M. Cohen habitait en banlieue, à Viroflay, les réunions se tenaient à Paris, chez David Cohen ou, rue d’Assas, chez Haudricourt. On y voyait G. Lazard, G. Serbat, H. Mitterand, A. Culioli, J. Dubois, le russisant R. Lhermitte et le sinisant A. Rygaloff, L. Guilbert, parfois J. Perrot, bien d’autres, presque tous devenus célèbres. Tel ou tel faisait un exposé et on discutait librement. On parlait souvent de français, car Marcel Cohen tenait une chronique régulière dans l’Huma. C’était la grande tradition des cercles, comme on la repère dans ceux qui ont été animés par Jakobson, à Moscou ou à Prague. Greimas et Barthes, en 1950, en fonderont un à Alexandrie en Égypte. Dubois, Mitterand et moi-même en créerons un dix ans plus tard, en 1960, la Société d’Étude de la Langue Française, dite SELF par jeu sur le sigle. Ces créations répondaient toutes au même besoin : trouver un lieu de discussion libre qui permette de sortir d’institutions trop étroites, fermées, de respirer.

7. - M. Cohen aime partager son immense savoir, ses curiosités incessantes, provoquer la recherche et la discussion. Dès après 45, il parle de statistique, il connaît et fait connaître les travaux américains, les compilations, les inventaires, les nouvelles méthodes structurales, comme celle de Harris, auxquelles il est plus ouvert que les membres de la Société de linguistique de Paris regroupés autour de Benveniste (Cantineau publiera dans le BSL un éreintage du Methods in Structural Linguistics de Zellig Harris). Gougenheim est un assidu de la Société de linguistique.

8. - Les ambitions du Français élémentaire, travail linguistique, travail social et politique, le mettent dans le champ d’examen du groupe marxiste de M. Cohen. Il sera ouvertement dans la cible à partir de 1954, dès que les premiers bilans seront diffusés. Et aussitôt, les hostilités sont déclarées. Le point d’attaque pour le groupe Cohen sera une brochure publiée par le Ministère en 1954. Tout le groupe se met au travail de démolition, anonymes ou non : Serbat est nommé, Culioli qui a rédigé le chapitre sur le "basic english" ne l’est pas, pas plus que Mitterand qui a fourni une critique partielle. Marcel Cohen est particulièrement sur la brèche, comme responsable du groupe, mais surtout parce qu’il est en train de rassembler des Matériaux pour une sociologie du langage qui paraîtront en 1956 ; ces Matériaux touchent de près aux problèmes posés par le Français élémentaire. Et je relève ici une citation importante pour notre propos :

"À un certain moment de la lutte des classes dans le monde moderne, il y a eu tendance dans le prolétariat encore très peu instruit, peu organisé, dont peu d’éléments avaient conscience de sa force d’avenir, à exagérer avec bravade la ‘vulgarité’ du langage. Depuis que le prolétariat, soit dans les pays où le socialisme est réalisé ou en voie de réalisation, soit dans ceux où l’avant-garde ouvrière combat consciemment pour créer des conditions qui permettront de le construire, s’est rendu compte qu’il est l’héritier des cultures nationales, l’attitude générale est tout à fait différente : le français ‘tenu’ est désormais le langage normal des militants, et aussi d’ouvriers qualifiés apolitiques. Les articles de journal aussi bien que les discours en sont des témoignages constamment répétés en public". (t.1 : 144)

9. - En bref, la classe prolétarienne a droit à une langue élaborée, à un français de culture ; un français simplifié serait une marque de mépris. Le Français élémentaire est évidemment visé.

10. - Dans le même temps, le Parti communiste français entame une campagne contre tous ceux qui en France favorisent une alliance des langues française et anglaise. Une association s’est fondée en 1951, présidée par le ministre André Marie : Le monde bilingue, un bilinguisme européen, mais surtout franco-anglais (ou américain) destiné à promouvoir un enseignement bilingue. Ce bilinguisme apparaît aux communistes comme une machine de guerre capitaliste anti-communiste. Gilbert Lazard publie un violent article en ce sens dans La Pensée, revue des intellectuels communistes français (1958 : 63-72) qui démonte le mécanisme de l’opération ainsi résumé : "Le développement du capitalisme conduit à une fusion des nations". Et met les points sur les i : contre "le monde bilingue", contre le "français fondamental", c’est le même combat.

11. - 1954 est l’année où les responsables du Français fondamental font connaître leurs objectifs et leurs moyens d’action dans différentes tribunes. Ce français, estiment les troupes de Marcel Cohen, vise à une langue outrageusement simplifiée et sera suspecté de construire une machine destinée à freiner la progression du prolétariat ; en outre, il tend à favoriser la fusion des langues faibles dans les langues fortes ; enfin il se réfère à des travaux anglo-saxons mal compris. Par ce triple caractère, il est dans l’œil du cyclone alors déclenché par le Parti communiste français. C’est la guerre froide et les polémiques sont d’une rare violence. Les intellectuels communistes, plantés sur la vérité marxiste, ne font aucun quartier à leurs adversaires accusés d’ignorance (le marxisme, c’est la science) et, encore plus, de perversité et de trahison : Marcel Cohen rameute ses troupes d’intellectuels et les lance à l’assaut du Français élémentaire.

12. - Français élémentaire ? Non ! est un opuscule de 113 pages, édité aux Éditions sociales qui répond à un opuscule de 67 pages publié par les éditions officielles en 1954 sous le titre Le Français élémentaire. Dès le début, Cohen donne le ton. Il s’agit d’un complot : l’UNESCO veut instaurer une "éducation de base" inscrite dans le projet capitaliste. Ce projet fait partie de l’ "institution paternaliste" d’un rudiment d’éducation (spécialement pour l’hygiène) à l’usage de populations dépendant d’administrations incapables de les doter de la scolarité, et de plus supposées incapables intellectuellement de profiter de cette scolarité si elle leur était donnée.

13. - Cohen ajoute : on n’a pas de crédits pour inventorier les patois français "par questionnaire ou enregistrement". Pas davantage pour "inventorier les parlers indigènes". Mais on en a pour cette entreprise paternaliste qui va court-circuiter les crédits aux langues locales, aux pédagogies en langues locales. Tout se passe comme si on voulait favoriser l’instauration d’un "basic french" monopolistique. Les membres de cette recherche ont le choix entre la perversité ou l’innocence niaise. Les gens du Français élémentaire, dit M. Cohen, ont suivi le modèle "avec candeur".

14. - Le premier exposé signé Marcel Cohen est assez désordonné et tire tous azimuts. Pas étonnant puisque Cohen vise un texte qu’il qualifie de "monstre". Les critiques sont de valeur inégale, pas toujours inopérantes cependant, car elles viennent d’un vrai linguiste.

15. - Une première critique : les auteurs du Français fondamental privilégient les compilations de mots alors que la plupart des méthodes d’apprentissage soulignent le rôle des phrases et expressions. Cette tradition de l’apprentissage par phrases, synonymes ou groupées autour d’un thème, est, en effet, une vieille tradition qui remonte au Moyen Age ; elle permet de construire d’emblée des dialogues, directement utilisables, ou de rédiger des textes. Elle conduit à embrayer directement sur les réalités pragmatiques de discours.

16. - Une deuxième critique concerne le choix des mots : les auteurs ne distinguent pas entre "les mots qu’on emploie" et ceux que "l’on comprend". Ce flottement significatif marque que les conditions réelles de constitution des discours échappent aux rédacteurs de la méthode. Ils sont alors contraints à un constant travail de réajustement faisant appel à leur expérience du discours : les auteurs "tripatouillent" dans les listes, ajoutant ici, retranchant là, selon l’occasion, à l’intuition. Ainsi "dont" et "lequel" sont éliminés ; ou "puisque" ou le futur immédiat comme "je vais aller". Facile de multiplier les exemples d’autant plus que la notion d’emploi est assez fuyante ; emploi par qui, dans quelles conditions, le lecteur reste perplexe autant que l’utilisateur. C’est le sociologue qui parle autant que l’homme politique. Cohen ajoute que les vocables civiques et religieux sont éliminés sans autre justification qu’un préjugé idéologique.

17. - Une troisième critique vise la nécessaire structuration de la grammaire : les mots ne doivent pas être considérés isolément et les regroupements par centres d’intérêt sont plus scolaires que linguistiques. Par exemple, notre Cohen, il aurait dû s’imposer d’articuler les mots grammaticaux par "significations". De même le phénomène de la dérivation a été laissé de côté, quelle que soit la place qu’il occupe dans le vocabulaire disponible : les auteurs, estime-t-il, étaient hantés par la nécessité de faire bref et de frapper l’opinion plus que par le souci rationnel d’entrer dans la structuration du langage.

18. - Ce qui conduit Guy Serbat, deuxième rédacteur de base – qui allait devenir professeur de latin à la Sorbonne – à poser la question : "Qu’est-ce qu’une grammaire essentielle ?" L’idée directrice de la critique de Serbat est que le Français élémentaire laisse de côté l’organisation intellectuelle et abstraite, tout ce qui fait d’une langue un système intellectuel de haut niveau. Le choix du parlé est, à cet égard, significatif. Il conduit à gommer des expressions comme "quand même" et, de façon générale, à éliminer les mots abstraits. Serbat se scandalise que, de façon symbolique, un mot comme "pensée" ait pu disparaître des compilations. C’est le choix initial qui était mauvais : pour frapper l’opinion, on a voulu restreindre au maximum le nombre des mots jusqu’à 1 400. Et pourquoi pas, ironise-t-il, restreindre l’apprentissage aux mille mots outils. On serait plus sûr ainsi de ne rien comprendre.

19. - Trois critiques plus sérieuses rejoignent les propos de M. Cohen :

*. Il ne sert à rien d’apprendre des listes de mots si on les sépare de leur contexte. C’est faire fi du jeu homonymie/synonymie qui est un ressort essentiel du discours. Pour s’en dispenser, il faut admettre que le Français élémentaire a un type spécial d’emploi, qui n’est pas explicité par ailleurs. Homonymie et synonymie seraient alors fixées implicitement. Il faut toute la naïveté de François Ters, collaborateur de l’entreprise, pour croire qu’il suffit de reconnaître 50 ou même 75 % des mots d’un texte pour le comprendre. On notera pourtant que la notion de "disponibilité", défendue par Gougenheim contre Sauvageot, allait dans le sens des réflexions de Serbat.

*. Les démarches comme la dérivation ou la composition sont laissées de côté. Ce sont pourtant des moyens de formation d’éléments adaptés à la structuration de la phrase. On se résigne, écrit Serbat, à un discours très pauvre et préorganisé.

*. Sont laissées aussi de côté des structures un peu complexes : significative l’élimination de "dont", "à qui", "de qui" et aussi de "y".

20. - En un mot, pour reprendre les termes de Serbat, le Français élémentaire est "une entreprise utilitaire, soucieuse du concret, hostile à toute abstraction (supprimons ‘pensée’, ‘indépendance’, ‘république’, les choses iront certainement mieux), et profondément étrangère au génie de notre langue" (Cohen, M 1955 : 62). La première victime est la grammaire, la seconde la compréhension de textes élaborés.

21. - Une troisième partie de Français élémentaire ? Non ! propose un bilan. Un bilan qui tourne au pamphlet. On lit : "À force d’avoir négligé le français écrit, il est impossible à l’élève de tenir un raisonnement. C’est une véritable falsification du français qui conduit à une langue infirme et informe". En un mot, c’est du "bluff".

22. - Suit une leçon d’interprétation politique particulièrement vigoureuse : le Français élémentaire est l’expression agressive du néo-capitalisme qui a trois objectifs :

- Supplanter les langues locales qui risquent d’animer de mouvements de libération.

- Rendre l’exploitation des indigènes plus facile avec une langue élémentaire : "Les ordres sont transmis directement et appliqués immédiatement".

- Refouler le français, langue de culture : "La colonisation craint comme la peste le français authentique et c’est pourquoi elle a entrepris de le défigurer". (p.72).

23. - Et on rappelle l’exemple des révolutionnaires du Vietnam, qui ont appris la liberté dans les livres de culture française. Remarque d’actualité : la Conférence de Genève qui a conclu à l’indépendance du Vietnam vient tout juste de s’achever (1954).

24. - Toute la dialectique se ramène à l’asservissement des valeurs françaises par les valeurs impérialistes anglo-saxonnes. À preuve, la présence, à tous les carrefours du complot, du directeur de l’ENS de Saint-Cloud, grand partisan du bilinguisme franco-anglais.

25. - Le fascicule se terminait par un chapitre consacré au "basic english", œuvre pour une large part de Culioli. L’auteur se défaussait habilement. Beaucoup de censeurs accusaient le Français élémentaire d’être une sorte de pidgin ou un "basic french". Culioli montrait que le "basic english" avec ses défauts et ses qualités se différenciait entièrement du Français élémentaire : ce dernier était une simplification qui prétendait permettre l’entrée dans un français élaboré ; le basic était une langue qui avait ses modes de fonctionnement propre ; en sorte que l’usage du basic pouvait se suffire à lui-même, en même temps qu’il était compréhensible par anglophone.


Conclusion

26. - Que penser de ce pamphlet cinquante années plus tard ? Il est bien certain que les auteurs par l’outrance du ton, par la politisation extrême de l’argumentation, desservaient leur cause auprès des gens "raisonnables". D’autre part, ils s’opposaient à un mouvement d’expansion scientifique qui avait le vent en poupe et à une puissante idéologie de diffusion du français fondée sur des méthodes modernes, quantitatives et qualitatives. L’ENS de Saint-Cloud avec le CREDIF, bientôt appuyée par les créations de B. Quemada à Besançon, était une formidable machine qui secouait les vieilles structures de l’enseignement. Et dont les résultats allaient être spectaculaires ; toutes les oppositions seraient balayées par ce courant moderniste.

27. - Reste que les critiques de Marcel Cohen et de son groupe n’étaient pas vaines : l’idée que la langue constituait un ensemble qui avait sa dynamique propre, l’idée que les morphèmes et les mots prenaient sens dans les syntagmes qui les organisaient, l’idée que le mode de discours imposait une structuration et une signification spécifiques, toutes ces pistes étaient très fécondes et marques de linguistes d’esprit ouvert qui travaillaient depuis longtemps sur la théorie du langage et sur le fonctionnement social du langage. Le Français élémentaire n’était pas seul en cause ; les développements en France d’un nouveau structuralisme, animé par A. Greimas et J. Dubois et de la grammaire transformationnelle (N. Ruwet et M. Gross) allaient montrer que les remarques du groupe de Marcel Cohen avaient une efficacité désormais prégnante. Cette escarmouche autour du Français élémentaire était une première bataille pour l’expansion d’une linguistique nouvelle en France.

 

Bibliographie

 

CHEVALIER, J.-C et ENCREVE, P. (2006). Combats pour la linguistique, de Martinet à Kristeva. Lyon, ENS Éditions.

COHEN, M. et al. (1955). Français élémentaire, non ! Paris : Éditions sociales.

COHEN, M. (1971). Matériaux pour une sociologie du langage, vol.1 et 2 ; Maspéro (première édition : Albin Michel, 1956).

COHEN, D. (éd.) (1970). Mélanges Marcel Cohen, La Haye et Paris : Mouton.

DUBOIS, J. (1967), "Structuralisme et Linguistique", La Pensée, revue du rationalisme moderne 135, 19-28.

GOUGENHEIM, G., MICHEA, R., RIVENEC, P., SAUVAGEOT, A. (1956). L’Élaboration du français élémentaire. Étude sur l’établissement d’un vocabulaire et d’une grammaire de base. Paris : Didier.

 
Origine du document : © Jean-Claude Chevalier [1925-2028], "Le pamphlet : Français élémentaire ? Non. 1955. L’affrontement Georges Gougenheim – Marcel Cohen", in Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde, 36, 2006, pp. 51-60.

 


 

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