L'approche du célèbre poème de Verlaine renouvelée par deux commentaires particulièrement originaux et fouillés.

 

 

 

 

MELANCHOLIA - Poèmes saturniens, Paul Verlaine, 1866

À Ernest Boutier.

III

APRÈS TROIS ANS


Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.


Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.


Les roses comme avant palpitent; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.


Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue.
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.

 

La méthode
Une lecture attentive et sensible
Lisez attentivement et plusieurs fois le poème pour vous en imprégner. Demandez-vous ce que vous ressentez. Le poète écrit un sonnet chargé d'émotions et votre commentaire sera meilleur s'il manifeste une sensibilité au texte. Attention, toutefois : le commentaire reste un exercice qui suppose la maîtrise d'une technique et d'outils d'analyse ; un devoir simplement lyrique exprimant des émotions personnelles ne saurait remplacer un devoir construit et réfléchi.
L'élaboration du plan
En prenant en compte vos impressions de lecture, notez au brouillon les observations majeures que vous pourrez développer. Proposez des définitions du texte : "Ce poème, c'est ..."Votre plan peut compter deux ou trois parties. Bien entendu, le développement est précédé d'une introduction qui présente le texte et l'analyse ; il est suivi d'une conclusion qui met en avant l'essentiel de ce qui a été dégagé avant de proposer une ouverture.
Le plan
I L'évocation d'un jardin ... (Ce poème, c'est l'évocation d'un jardin)
II ... devient le miroir de la mélancolie du poète ... (Ce poème, c'est l'expression de la mélancolie du poète)
III ... grâce au "va et vient"d'une chanson qui rassemble. (Ce poème, c'est un "va et vient"qui rassemble des éléments habituellement dissociés)
Rédiger ainsi le projet des axes en une phrase unique garantit la cohérence du commentaire.

 

COMMENTAIRE RÉDIGÉ

 

 

Introduction

 

"De la musique avant toute chose", écrit Paul Verlaine dans L'"Art Poétique" qu'il publie dans Jadis et naguère en 1884. Mais on n'attend pas ce manifeste pour entendre dans les vers de celui qui sera désigné comme le "Prince des poètes", une "chanson grise / Où l'Indécis au Précis se joint". En 1866, dans le premier recueil du poète, la romance, se souvenant du spleen baudelairien, se place sous le signe de Saturne, l'astre des mélancoliques. "Après trois ans" est le troisième poème de la première section du recueil - d'ailleurs intitulée Melancholia - qui compte également des poèmes connus comme "Nevermore" ou "Mon rêve familier". Sans doute imprégné des souvenirs d'un amour impossible pour Élisa, la cousine alors mariée du poète, le sonnet "Après trois ans" évoque une promenade mélancolique dans un "petit jardin" où "Rien n'a changé". La peinture du lieu autrefois fréquenté est prétexte à l'expression des sentiments et à une réflexion sur le temps qui passe. Nous verrons donc comment l'évocation du jardin devient le miroir de la mélancolie du poète grâce à un poème dont le "va et vient" murmure une chanson fédératrice.

 

 

I. L'évocation d'un jardin ...

 

Dans ce sonnet, Verlaine reprend le thème du jardin, espace naturel marqué par la main de l'homme. Mais la particularité de ce lieu réside sans doute davantage ici dans son humilité, dans sa fadeur.

 

1.1 - Le jardin : un espace naturel

 

Par définition, le jardin est un espace naturel domestiqué par l'homme et c'est bien ainsi que nous apparaît le lieu qui se déploie derrière "la porte étroite qui chancelle". La nature est en effet présente sous ses différentes formes. Le soleil et le vent sont au rendez-vous et l'eau est là sous la forme d'"une humide étincelle" ou du "jet d'eau". Les végétaux occupent une place essentielle. L'expression générique "chaque fleur" est par la suite précisée comme si le jardin se déployait sous le regard du promeneur ; le singulier fait place au pluriel des "roses" qui "palpitent" et des "grands lys" qui "se balancent". Le sonnet se termine avec une dernière fleur, le réséda. Les arbres sont représentés également avec le "vieux tremble", et la "vigne folle" figure les plantes grimpantes. Le règne animal est évoqué au vers 10 ; le mot "alouette" est au singulier mais le déterminant indéfini "chaque", ainsi que le "va et vient" nous donnent l'impression que les oiseaux savent occuper leur espace aérien. Cette nature semble libre : les oiseaux vont et viennent et la vigne est "folle".

 

1.2 - Le jardin : un espace domestiqué par l'homme

 

Cependant, cet espace naturel, apparemment libre, est délimité, dès le premier vers, par une clôture qui nécessite la présence d'une porte dont l'étroitesse même souligne l'importance. Monde fermé, le jardin est quadrillé par des allées ; l'homme impose ses clôtures, ses lignes droites ("au bout de l'avenue") à une nature presque débridée ("se balancent"), voire "folle". Et la folie de la vigne ne viendra pas à bout de la "tonnelle" et des "chaises de rotin". C'est bien l'homme qui a le dernier mot. De même, si l' "humide étincelle" est le fait de la nature (la rosée du matin), le "jet d'eau" lui, beaucoup plus grand, est une création humaine. La présence des roses et des lys révèle aussi la présence d'un jardinier et peut-être lit-on dans le verbe "palpitent" qui personnifie la fleur et dans l'adjectif "orgueilleux" cette signature de l'homme. C'était déjà le cas avec le "murmure" du jet d'eau et la "plainte sempiternelle" du tremble. En tout cas, dans les derniers vers, la statue est clairement la signature de l'homme "parmi l'odeur fade du réséda".

 

1.3 - Une esthétique de la fadeur

 

C'est probablement dans cette fadeur du réséda que réside la spécificité du jardin de Verlaine. Jean-Pierre Richard a d'ailleurs écrit dans Poésie et profondeur un article consacré à cette esthétique de la fadeur ("Fadeur de Verlaine") qui domine ici. Tout en effet est mis en place dans le poème pour atténuer, estomper la réalité.
Dans le premier quatrain, la porte est "étroite" et le jardin "petit" ; la goutte de rosée se réduit à une paillette ("pailletant"), à une "humide étincelle" et la promenade a lieu le matin afin que le soleil n'éclaire que "doucement" le paysage. Par la suite, les chaises comme la tonnelle sont modestes car le rotin est un matériau "humble". Les bruits, quant à eux, se réduisent à un "murmure" ou à une "plainte". Et, après la statue "grêle", "l'odeur fade du réséda" pose à la fin du poème le point d'orgue de cette esthétique qui sera explicitée dans l'Art poétique avec la "chanson grise" : "la nuance seule fiance / le rêve au rêve et la flûte au cor". La fadeur permet une harmonie fédératrice sur laquelle nous reviendrons.
Ainsi le "petit jardin" grêle et fade de Verlaine est un "murmure" ou "une plainte" propre à exprimer la tristesse du poète.

 

 

II ... devient le miroir de la mélancolie du poète ...

 

En effet, le jardin, sous la plume du poète, devient le miroir de sa mélancolie et la promenade dont il est le cadre se double d'un voyage dans le temps. Le sonnet exprime toute l'émotion du poète "après trois ans".

 

2.1 - Une promenade dans le jardin ...

 

Le deuxième vers donne au texte une dimension narrative : "Je me suis promené dans le petit jardin". Le thème de la promenade est déroulé de façon chronologique. D'abord, la porte que l'on pousse inaugure en même temps le sonnet composé par le "je" auteur et la promenade du "je" personnage. La vision globale du "petit jardin" reprise par le pronom relatif "qu'" ("Qu'éclairait doucement le soleil du matin"), puis par le pronom indéfini "tout" au vers 5 est ensuite détaillée : la "tonnelle", le "jet d'eau", le "vieux tremble", les "roses"... On a l'impression de percevoir le déplacement du poète qui, après avoir embrassé du regard l'ensemble du jardin, chemine pour en découvrir les différents aspects. Dans le dernier tercet, le lecteur devine la présence du poète qui se tient à l'autre "bout de l'avenue" où se dresse la statue.

 

2.2 - ... qui est aussi promenade dans le temps

 

Cette promenade dans le jardin est aussi une promenade dans le passé comme le suggère le titre qui introduit une dimension temporelle plutôt que spatiale. Le thème du souvenir apparaît dans la deuxième strophe : "Rien n'a changé. J'ai tout revu". Et le verbe "retrouvé", dans le second tercet, reprend le préfixe "re" qui marque la répétition. Sur le même mode de la reprise, l'indication de temps "comme avant" exprime deux fois ce voyage dans le passé. En se promenant dans le jardin qu'il fréquentait régulièrement autrefois ("Chaque alouette qui va et vient m'est connue"), le poète retrouve ses souvenirs. Mais ce retour au passé est source de mélancolie.

 

2.3 - L'expression de la mélancolie

 

On est touché par la "plainte" du poème et l'évocation du "petit jardin", de ce monde réduit et fade contribue à créer une sensation d'intimité. Le lecteur doit prêter l'oreille à un sonnet qui "murmure" des confidences. Le jeu du passé composé et du présent, l'ellipse du mot statue quand il est question de la Velléda donnent un ton familier au poème. La répétition de "comme avant" relève de la plainte et les enjambements (vers 5 et 6, 9 et 10) atténuent la rigidité de l'alexandrin. Le lecteur croirait entendre Verlaine lui dire familièrement : "Même j'ai retrouvé debout la Velléda". Et il devine que cette confidence triste est liée à un amour déçu ; le jardin romantique suggère la conversation amoureuse, et sans doute les jeunes gens, Verlaine et sa cousine Élisa, se sont-ils assis sur "les chaises de rotin" sous l' "humble tonnelle". Verlaine reprend la rose, symbole courtois de la femme et l'associe au cœur qui palpite ; il évoque aussi les "grands lys orgueilleux" qui symbolisent la pureté, voire l'interdit. Le sonnet se clôt sur l'évocation d'une statue romantique qui suggère la déception amoureuse ; en effet, Velléda, dans Les Martyrs (1809) de Chateaubriand est une prêtresse germanique qui se suicide après avoir été repoussée par l'homme qu'elle aimait.
La statue, comme le "petit jardin" lui-même, est propice à un épanchement mélancolique qui empreinte sa force à la chanson.

 

 

III ... Grâce au "va et vient"d'une chanson qui rassemble.

 

"Après trois ans" est, en effet, une chanson qui, tout en exprimant la plainte du poète, tente de redonner une unité au monde grâce à une esthétique du "va et vient".

 

3.1 - La chanson

 

En 1866, Verlaine n'a pas encore défini la poésie comme apparentée à la musique ; il n'en demeure pas moins que des poèmes comme "Mon rêve familier" ou "Après trois ans" sont de véritables chansons. Sans introduire encore le vers impair "plus vague et plus soluble dans l'air" (Art poétique), Verlaine renouvelle le rythme traditionnel en étouffant les contours nets de l'alexandrin. Les enjambements donnent toute sa souplesse au poème et la césure, si elle est respectée dans certains vers, comme les vers 3 à 5, est étouffée dans d'autres. Le premier vers donne le ton en demandant une liaison entre "porte" et "étroite". "Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle": le rythme, ici, devient ternaire. Aux vers 9 et 14, la ponctuation détache des éléments qui ne correspondent pas à un hémistiche. La cadence souple est délicatement marquée par les allitérations en p- ("poussé", "porte", "promené") dans le premier quatrain, en t- ("tout", "tonnelle", "rotin") dans la seconde strophe et en v- ("avant", "vent", "va et vient", "Velléda") dans les deux tercets unis par la rime.

 

3.2 - L'unité

 

De même que le jardin est le lieu privilégié d'une réconciliation entre l'homme et la nature, la chanson souple du sonnet permet de rapprocher les différentes sensations. Dans le premier quatrain, c'est la vue qui est sollicitée : "éclairait", "pailletant", "étincelle" ; elle domine dans le texte comme l'indique le verbe "revu". Mais les fleurs, roses, lys ou réséda, séduisent autant l'odorat que la vue. L'ouïe n'est pas absente : on entend le "murmure argentin" du jet d'eau et la "plainte sempiternelle" du tremble dans le vent. Au-delà de cette cohabitation somme toute ordinaire lorsqu'il est question de jardin, se dessine un lien plus étroit encore. En effet l' "humide étincelle" semble destinée à émouvoir le toucher comme la vue, et le "murmure argentin" suggère aussi une couleur. Quant à la fadeur du réséda, ne s'agit-il pas plutôt du goût ?
On observe le même curieux rassemblement du côté du temps, à la fois temps qui fuit et temps arrêté. En effet, on relève tout un champ lexical de la permanence : "toujours", "sempiternelle", "comme avant" répété, "m'est connue", "retrouvé". Sans que cela nous semble contradictoire, ce réseau côtoie des termes qui, eux, expriment le passage du temps : "le soleil du matin", "le vieux tremble". Le temps fuit et détruit : le poète se retrouve seul "après trois ans", la porte "chancelle" et "le plâtre s'écaille".

 

3.3 - L'esthétique du "va et vient"

 

Si les sens s'associent et si le temps peut se montrer à la fois fuyant et arrêté, c'est grâce au rythme particulier d'un sonnet qui ne cesse de tisser des liens, d'aller et venir, comme les alouettes du vers 11, d'un point à un autre. Ce mouvement de "va et vient" domine en effet dans le texte : les roses palpitent, les "lys orgueilleux" se balancent et peut-être faut-il évoquer également la paillette et l'étincelle, le mouvement hésitant de la porte qui "chancelle", voire la polysémie du mot "tremble". Ajoutons à cela les sonorités qui se répètent et palpitent "comme avant", "comme avant". Le double mouvement de "va et vient" du jardin et de la chanson lance un pont entre les sensations, entre le présent et le passé, entre la nature et l'homme, entre Verlaine et son lecteur...

 

 

Conclusion

 

Dans "Trois ans après", ce qui caractérise le jardin évoqué, c'est moins cette harmonie de l'homme et de la nature qui est le fait de tout jardin, que la modestie, la fadeur, comme nous le suggère le dernier vers. Mais le sonnet est avant tout le récit d'une promenade mélancolique dans des lieux sans doute attachés à un amour désormais perdu. La palpitation du jardin où "Rien n'a changé" est aussi celle du poète, celle d'un sonnet devenu chanson pour mieux suggérer l'émotion, celle d'un lecteur sensible à qui le poète se confie. N'est-ce pas d'ailleurs là l'essentiel de la poésie ? "Et tout le reste est littérature..." (fin de l'Art poétique).

 

© Extrait de I. de Lisle & É. Le Grandic, in Annales Bac 2011, Français 1es L/ES/S, Hachette Éducation, 2010.

 

 


 

 

Complément

 

Le travail qui suit est d’un "niveau" évidemment bien inférieur à ce qui a précédé : il s’agit en effet d’une émission de l’ancienne Radio scolaire destinée à aider (il y a plus de trente ans !) les instituteurs des classes de CM2 et de fin d’études. Il n’en est pas moins fort estimable…

 

Situation de ce texte

 

"Après trois ans" figure dans le premier recueil de vers publié par Verlaine, les Poèmes saturniens (1866), qui groupe des œuvres de jeunesse. Verlaine y manifeste déjà la mélancolie et le sentiment de la fatalité qui seront deux des traits dominants de son caractère.

Un peu par jeu, un peu aussi parce qu'il le croit, Verlaine attribue ces sentiments à l'action néfaste de "Saturne", cette planète "chère aux nécromanciens" qui lui réserverait "bonne part de malheur et bonne part de bile". Ainsi éclaire-t-il, dans un prologue, le sens du titre donné à son recueil. Peut-être est-ce pour compenser l'angoisse d'un destin qu'il pressent douloureux que Verlaine se réfugie dans la douceur du passé... Ainsi s'expliquerait la place accordée aux souvenirs dans les Poèmes saturniens et, particulièrement, dans "Mélancholia", premier chapitre du livre, d'où est extrait "Après trois ans".

De tous ces souvenirs, celui de la cousine du poète, Élisa, est le plus cher. Selon certains critiques, la plupart des poèmes du recueil, et surtout de "Mélancholia", lui seraient implicitement dédiés.

 

Sens

 

Dans ce petit jardin paisible, Verlaine se promenait souvent avec celle qu'il aimait. Trois ans plus tard, il revoit avec émotion ces lieux où il vécut des heures très douces. Ce temps n'est plus ; mais la nature, elle, n'a pas changé, si ce n'est la légère marque des ans sur le plâtre d'une statuette.

 

Mots et expressions

 

- "Pailletant... étincelle" : chaque goutte de rosée est transformée par le soleil en une paillette étincelante.

- "vigne folle" : vigne vierge.

- "Velléda" : prêtresse gauloise.

- "Parmi l'odeur fade du réséda" : le mot "odeur" tient ici, après "parmi", la place ordinairement réservée à un nom au pluriel ou de sens collectif. Sans doute Verlaine a-t-il voulu traduire ainsi le caractère envahissant de l'odeur du réséda qui submerge toutes choses dans le jardin, hormis la "Velléda".

 

Construction

 

Ce poème est un sonnet. Mais Verlaine a pris quelques libertés avec les règles classiques : césures déplacées, ordre des rimes un peu modifié dans la dernière strophe, par exemple.

 

Composition

 

Il n'y a pas de plan proprement dit. La composition du poème correspond à la succession des impressions de l'auteur.

- 1er quatrain : impression générale.

- 2e quatrain : les objets familiers, éléments du décor.

- 1 er tercet : les détails gracieux (fleurs, oiseaux).

- 2e tercet : le souvenir se cristallise sur une statuette.

 

Intérêt du poème

 

- Il faut, tout d'abord, apprécier l'extrême discrétion avec laquelle Verlaine évoque ses souvenirs. Il nous les laisse deviner plutôt qu'il ne nous les exprime. Aucun nom, aucun visage. Mais seulement l'émotion subtile et pénétrante qu'éveillent, chez le poète, ces témoins inchangés des heures délicieuses passées en compagnie de celle qu'il aimait. À ce propos, on pourra utilement comparer "Après trois ans" avec la "Tristesse d'Olympia", de V. Hugo. "Le Lac", de Lamartine, et "Souvenir", d'A. de Musset, traitent un thème analogue, mais avec un lyrisme tout romantique.

- On admirera la belle simplicité de ces vers : Verlaine emploie les mots de tous les jours, ceux qui viennent spontanément sur les lèvres lorsqu'on se confie librement à un ami. Là encore, par ce refus de l'éloquence, Verlaine s'oppose nettement aux poètes romantiques.

- Cette simplicité se retrouve également dans le décor : un petit jardin, une porte branlante, une "humble tonnelle", un "vieux tremble", une statuette écaillée ... Décor banal, mais émouvant parce que tout y parle du bonheur paisible auquel il a servi de cadre.

- Verlaine nous décrit ce décor par une juxtaposition de notations, d'impressions surtout : la lumière (vers 3-4), les sons (vers 7-8), les mouvements (9-10-11), les odeurs (14), etc. Toutes ces sensations délicates recomposent avec art le "climat" du petit jardin. Noter l'originalité de l'épithète "fade" : l'interpénétration des sensations ("fade" est un adjectif de saveur). Cette notation : "l'odeur fade du réséda", révèle peut-être l'évolution des sentiments du poète : ce qui le charmait jadis lui semble "fade" aujourd'hui et ne le contenterait plus...

- Enfin, comme tous les poèmes de Verlaine, "Après trois ans" est remarquable par sa musicalité : rythme souple et varié, combinaison harmonieuse des sonorités fluides et claires (ai-elle) et des sonorités plus sourdes, voilées (an, in, ou). Le résultat est une musique subtile et exquise.

 

 

POÈME SUR LE MÊME THÈME : LA VIGNE ET LA MAISON

 


Viens, reconnais la place où ta vie était neuve !
N'as-tu point de douceur, dis-moi, pauvre âme veuve,
À remuer ici la cendre des jours morts ?
À revoir ton arbuste et ta demeure vide,
Comme l'insecte ailé revoit sa chrysalide,
Balayure qui fut son corps ?


Moi, le triste instinct m'y ramène.
Rien n'a changé là que le temps ;
Des lieux où notre œil se promène,
Rien n'a fui que les habitants.


Suis-moi du cœur pour voir encore,
Sur la pente douce au midi,
La vigne qui nous fit éclore
Ramper sur le roc attiédi.


Contemple la maison de pierre,
Dont nos pas usèrent le seuil :
Vois-la se vêtir de son lierre
Comme d'un vêtement de deuil.


Écoute le cri des vendanges
Qui monte du pressoir voisin,
Vois les sentiers rocheux des granges
Rougis par le sang du raisin.


Regarde au pied du toit qui croule :
Voilà, près du figuier séché,
Le cep vivace qui s'enroule
À l'angle du mur ébréché !


L'hiver noircit sa rude écorce ;
Autour du banc rongé du ver
Il contourne sa branche torse
Comme un serpent frappé du fer.


Autrefois, ses pampres sans nombre
S'entrelaçaient autour du puits ;
Père et mère goûtaient son ombre,
Enfants, oiseaux rongeaient ses fruits.


Il grimpait jusqu'à la fenêtre,
Il s'arrondissait en arceau ;
Il semble encor nous reconnaître,
Comme un chien gardien d'un berceau.


Sur cette mousse des allées
Où rougit son pampre vermeil,
Un bouquet de feuilles gelées
Nous abrite encor du soleil.


Vives glaneuses de novembre,
Les grives, sur la grappe en deuil,
Ont oublié ces beaux grains d'ambre
Qu'enfant nous convoitions de l'œil.


Le rayon du soir la transperce
Comme un albâtre oriental,
Et le sucre d'or qu'elle verse
Y pend en larmes de cristal.


Sous ce cep de vigne qui t'aime,
Ô mon âme ! ne crois-tu pas
Te retrouver enfin toi-même,
Malgré l'absence et le trépas ?

 

Lamartine, Psalmodies de l’Âme. Dialogue entre mon âme et moi [Extraits]

 

 

ÉLÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

 

- J. RICHER : Paul Verlaine (Paris, Seghers, 1957).

- O. NADAL : Verlaine (Paris, Mer­cure de France, 1961).

- Y. G. LE DANTEC : Introduction à l'édition des œuvres complètes de Paul Verlaine (Paris, Pléiade, 1938).

 

 

© Fiche pédagogique établie par Mlle Clerc - C.M.2 - F.E.P., mardi 23 avril 1968

 

 


 

 

 

Complément savant... — APRÈS TROIS ANS — Sonnet régulier

 

V. 5, 6, 11. Sans doute faut-il chercher dans ces trois vers les coupes ou césures critiquées par Sainte-Beuve avec référence à la page 18 de l'édition originale (trois dernières strophes).

Ernest Dupuy (Poètes et Critiques, pp. 220-221), que M. Pierre Martino (Verlaine, p. 53) suit partiellement, mais avec des réticences évidentes, voulait voir dans ce poème une habile et volontaire reprise de celui de Baudelaire : "Je n'ai pas oublié, voisine de la ville…" (Fleurs du Mal, XCIX).

Ce sont — disait Dupuy — "les mêmes traits, adroitement repris et à peine altérés : le soleil du matin a remplacé celui du soir, et Vélléda a délogé Pomone". C'est assurer involontairement que rien n'est pareil, et il suffit d'ailleurs d'un coup d'œil pour se rendre compte que le poème de Baudelaire est essentiellement un tableau d'intérieur, celui de Verlaine un tableau d'extérieur ; que Baudelaire se souvient, tandis que Verlaine revoit. En fait, il s'agit ici, sur un made grêle, du thème inversé de celui de la Tristesse d'Olympio, et tous les détails., d'une vive précision évocatoire, attestent des sentiments vécus, et un décor effectivement réel.

Quel décor ? Celui du jardin de son cousin et de sa cousine (Elisa) Dujardin à Lécluse, où il a passé la fin de l'été et le début de l'automne 1862 (cf. Lettre à Lepelletier des 16 sept. et 4 oct. Corr. I, 3-10), pour ne plus s'y fixer à nouveau qu'en 1865 (trois ans), d'après les recoupements du livre de Léon le Febve de Vivy : (Les Verlaine, p. 51) et des Croquis de Belgique (Ouvrages Posthumes II, 136) de Verlaine lui-même, lesquels attestent que Verlaine passait autrement ses vacances, soit à Paliseul, chez sa tante Grandjean, soit à Fampoux.

Une lettre à Emile Blémont du 29 juillet 1871 (Corr. I, 285) évoque le jardin de son cousin, "un jardin very comfortable où les poiriers en chandelles, les pêchers en espaliers et les vignes en arceaux encadrent très pompeusement d'admirables roses et d'énormes lys" ; vignes, roses, lys qui se retrouvent très précisément dans le poème : l'humble tonnelle de vigne folle (v. 6. sans qu'il soit besoin d'évoquer ici le souvenir du livre de Glatigny, Les Vignes Folles) ; les roses comme avant palpitent... (v. 9) ; les grands lys orgueilleux se balancent au vent (v. 10).

En revanche l'existence, dans ce jardin, d'une réplique de la Vélléda de Maindron est plus incertaine, et l'on peut se demander si Verlaine n'a pas complété et agrandi son souvenir par celui de l'ancienne Pépinière du Luxembourg, thébaïde de plusieurs générations romantiques, désaffectée et saccagée à la fin de 1866, et dont bien des écrivains, poètes ou prosateurs, ont parlé comme d'un coin campagnard, plein de vigne et de roses, sous la protection de la Vélléda, lieu favori des rendez-vous, au milieu d'un hémicycle de treillage rustique. (Cf. E. d'Hervilly, "La Pépinière", et G. Mare, "Promenades matinales", in Les Chefs-d'Œuvre d'art au Luxembourg, 1881, pp. 71 et 111. Th. de Banville, Mes Souvenirs, 1882, p. 98).

André Theuriet, sur les mêmes rimes que celles de Verlaine, parle des ramiers qui roucoulaient :


Dans un parfum de réséda
Sur l'épaule de Vélléda

 

[Les oiseaux au Luxembourg, poésie, 1881, p. 4]

 

© In Jacques-Henry Bornecque, Études verlainiennes, Les poèmes saturniens de Paul Verlaine, Nizet, 1952

 

 


 

 

Explication française : Après trois ans

 

INTRODUCTION

 

En étudiant ce poème de Verlaine, nous voudrions "retrouver par la technique une partie des secrets de la psychologie" (1) de l'auteur et préciser les modestes beautés que nous offrent ces quatorze vers. Verlaine choisit un thème qui pourrait avoir une valeur sédative, voire bénéfique : le pèlerinage-souvenir, à une époque où il vit un amour secret et tourmenté pour sa cousine Elisa. On y sentira la lutte entre une aspiration vague au bonheur et l'obsession déjà implacable du fané, du flétri, du fade, qui empoisonnera de trop nombreux instants de sa vie.

Dans ce sonnet, un Verlaine qui se voudrait poreux aux choses familières, aux plantes, à la lumière, y échoue, et tout ce déjà-vu ne lui apporte que dégoût et écœurement.

S'il y a du parnassien ou du pré-parnassien, c'est uniquement le choix de la forme sévèrement réglée du sonnet. Par défi, Verlaine impose ce cadre à une brève modification d'humeur, tandis qu'il revoit, après trois ans, le petit jardin..

 

A. Le réel, promesse de bonheur.

 

1. Un décor étriqué, que trois adjectifs à valeur concrète et affective à la fois évoquent sommairement : "étroite", "petit", "humble".

2. Ce décor étriqué se transfigure un instant : c'est une féerie fugitive dont il faut rendre grâce au  soleil. Quatre termes de lumière: "éclairait", "soleil", "pailletant", "étincelle". "Pailletant" fait "riche", et donne un luxe provisoire au jardin. Même une alliance suggestive:  "humide étincelle", permet, à Verlaine l'économie du mot "rosée". Verlaine va-t-il être heureux ?

N'oublions pas, au sein même de cette pauvre féérie, la présence d'un verbe : "chancelle", tout chargé d'une mélancolie qui va bientôt s'étaler dans tout le poème. Plus que l'attente du bonheur, c'est la pitié pour ces choses qui ont une âme, sans doute, qui saisit Verlaine ("chancelle" est une amorce de personnification). Jusqu'ici, pourtant, un rythme calme, celui de silencieuses retrouvailles, marque le premier quatrain : Coupes 4-4-4, 6-6, 6-6, 66.

3. Soudain, une cassure se produit dans l'énumération des choses retrouvées, après le deuxième terme : "la tonnelle", "les chaises". On s'attendait à une longue évocation, on espérait que cette lassitude (les points de suspension après "chaises de rotin") pourrait se prolonger en rêverie apaisante. Mais non...

 

B. La modification.

 

De ce bonheur fragile, Verlaine passe à une mélancolie bientôt agacée. L'amorce de la modification dans le sentiment se place au vers 5 : "Rien n'a changé". À partir de cette constatation, deux possibilités :

1° Saveur du souvenir ;

2° Fadeur du souvenir.

 

C. Un bonheur qui se fane.

 

I. L'instabilité de Verlaine le soumet aux attirances diverses des choses. Il voit, il nomme lucidement encore ce qu'il voit : "L'humble tonnelle de vigne folle avec les chaises de rotin". "Avec" et les articles "la", "les" traduisent à la fois la familiarité et la reconnaissance facile d'un tout indissoluble. Verlaine est alors tout entier "œil". Il entend, et le voilà captivé par cette sensation nouvelle. D'où la rupture de construction : "... le jet d'eau...". Bien sûr, il y a là une apparence de développement traditionnel : ce que je vois, ce que j'entends, ce que je sens... Mais la conviction n'y est déjà plus...

En voici deux symptômes : de "fait", verbe neutre, et l'emploi de "murmure argentin", qui disent la démission de la sensibilité et de l'intelligence, satisfaites d'un pauvre cliché. Ces moments où la lucidité faiblit, où la beauté des choses se flétrit, ou du moins devient floue, conventionnelle, sont fréquemment décelables dans les poèmes de Verlaine.

La modification se poursuit. Il faut voir, non pas un souci esthétique et logique de différenciation dans le glissement de "murmure" à "plainte", au second quatrain, mais plutôt la résurgence plus tenace de la tristesse suggérée par Ies choses, ou communiquée aux choses mêmes, et une pointe d'agacement. La longueur du mot "sempiternelle", sa valeur légèrement péjorative, sa place à la rime et ses sonorités i - er - el - de rengaine en sont la preuve, sans oublier le rythme boiteux du vers 8 : 5 -3 - 4.

 

II. Agacement, et lassitude se marquent encore, au premier tercet, par quatre faits :

1° La répétition du familier :

"comme avant" (à la coupe médiane) ;

"comme avant" (à la rime, dans le même vers 9) ;

2° Le cliché "les grands lys orgueilleux", avec son épithète conventionnelle, et la banalité même de ce vers à coupe médiane ;

3° La présence de "chaque", où se montre la connaissance exhaustive et blasée d'un élément qui pourrait mettre vie et gaieté dans ce décor : "l'alouette" ;

4° L'emploi de "va et vient", mouvement banal, et la boiterie de ce vers (5 - 4 - 3), où le dernier groupe "m'est connue" semble exprimer le découragement.

Toutefois, mais très faiblement, les roses mettent vie et beauté dans ce jardin : "palpitent". Mais l'animation qui parait dans "palpitent", "se balancent" et "va et vient" n'émeut déjà plus Verlaine.

 

III. Le dernier tercet accentuera ce sentiment de lassitude jusqu'à l'écœurement. "Même", reprise insistante et vulgaire, relance un monologue sans apprêt. Verlaine semble décidé à exprimer jusqu'au bout un dégoût qui va l'envahir tout entier. S'il y a du dédain dans l'article "la", les coupes du vers 12 (2 - 4  - 2 - 4) montrent l'effort du poète pour introduire dans son vers les objets mêmes dont il aurait constaté, avec soulagement, peut-être, en cet instant précis, la disparition. D'ailleurs, cette Velléda qui s'obstine à rester "debout" est surajoutée au décor réel du jardin (voir ci-après : Précisions sur la Velléda de Verlaine).

Bien qu'il concerne ici une statue-fantôme, le détail réaliste, observé jadis de près, occupe tout un vers (le vers 13) et détruit impitoyablement les suggestions plastiques qu'eût éveillées "Velléda", au vers précédent, et son contexte romantique. Chateaubriand, les Martyrs, ici !... Il est certain, d'ailleurs, que faire rimer "'Velléda" et "réséda" révèle une nette volonté de grotesque et de dégradation. Les sonorités y concourent aussi : "plâtre" (on entend le suffixe péjoratif -âtre), "s'écaille" (son du même registre). Il n'est pas jusqu'à "l'avenue" qui ne magnifie grotesquement la trop réelle, et étroite, et courte allée de ce "petit jardin".

Comme il arrive souvent chez Verlaine, le poème se clôt sur une sensation olfactive. Outre l'avilissement opéré par l'adjectif "grêle" (la sonorité de ce quasi-monosyllabe, détaché à l'initiale, n'est pas négligeable), "parmi", employé devant un nom singulier, marque l'invasion sournoise de cette fadeur qui finit par imprégner, rétroactivement, tout le poème, et par dominer parfois entièrement la sensibilité du poète. On peut lire, à ce propos, "Fadeur de Verlaine" in "Poésie et Profondeur" de J.-P. Richard, éditions du Seuil, 1955. "Odeur", plutôt que parfum, suggère une absence de plaisir olfactif. Enfin, cette impression globale de fadeur, celle que Verlaine éprouve au terme de son pèlerinage, semble s'étaler largement à travers dix syllabes du dernier alexandrin, en laissant à peine deux à "grêle".

 

CONCLUSION

 

L'objet, réellement modeste, sinon banal au cœur de Verlaine, de cette contemplation, s'est illuminé très brièvement dans le premier quatrain, et le poète en a éprouvé un peu de pauvre bonheur, d'enchantement enfantin. Bientôt, dès le second quatrain, la mesquinerie du décor apparaît, s'impose, malgré quelques efforts, vite découragés, d'embellissement et de tendresse. Et c'est la rapide lassitude qui empêche presque de faire le tour des choses reconnues, l'agacement devant leur monotonie, leur banalité. Semper eadem... L'écœurement final que provoque une fadeur qui se généralise, qui uniformise et dégrade les couleurs, les sons, les formes et les odeurs, est typiquement verlainien. Y conspirent un vocabulaire et une syntaxe pauvres "exprès", une désarticulation partielle du rythme, où heurts et cassures émiettent les perceptions, qui se fondent et se brouillent.

Ce sonnet nous restitue quelques pulsations de ce "cœur qui s'écœure", et s'il ne nous en donne pas le "pourquoi", il nous en propose au moins, sans artifice, le "comment".

 

PRÉCISIONS SUR LA VELLÉDA DE VERLAINE

 

La thèse de J.-P. Weber : Genèse de l'œuvre poétique, Gallimard, 1960, consacre un chapitre (pp. 297-337) à Verlaine. L'auteur reconnaît au sonnet "Après trois ans..." une importance extrême. Le thème de Velléda, ou de la statue qui s'écaille, se retrouve, selon lui, à travers toute l'œuvre de Verlaine, avec quelques autres hantises qui remontent à l'enfance du poète.

La Velléda du sonnet est sans doute la réapparition d'une statue du sculpteur Étienne-Hippolyte Maindron (1801-1884), qui se trouvait dans l'ancienne pépinière du jardin du Luxembourg. C'est l'œuvre qui contribua le plus à la réputation de Maindron, selon les historiens de la sculpture. Il y a une Velléda au musée d'Angers et une autre au musée de Rennes.

Mais si le sonnet correspond à un séjour de Verlaine chez ses cousins Dujardin, à Lécluse, à la fin de l'été et au début de l'automne 1862, et donne une image assez véridique du réel, il est curieux de constater, avec J.-H. Bornecque, que nulle statue de Velléda ne se trouvait à Lécluse. Le souvenir de la statue remonte aux années 1851-1855, c'est-à-dire quand Verlaine avait de sept à onze ans et se promenait au jardin du Luxembourg.

Ce que J. P. Weber appelle "le cadre thématique du souvenir vellédien" (p. 305 de sa thèse) apparaît sous sa forme la plus complète dans le sonnet "Après trois ans..." et comporte les éléments suivants : automne, jardin, eau, arbres, fleurs, tonnelle, oiseaux, souvenir.

Une image qui s'est imposée à la vision d'un enfant ajoute ainsi son obsédante et maléfique présence, dans le souvenir brouillé du poète, aux fades retrouvailles de Verlaine et du petit jardin...

 

(1) J.-H. Bornecque : "Le témoignage des Poèmes Saturniens", I, Information Littéraire, 1951, n° 2, p. 56.

 

© André Six [1925-2014], in l'Information littéraire

 

"André Six, agrégé de l'Université, proviseur honoraire du lycée Pierre de Coubertin, à Calais, et du lycée Molière, à Paris"
[Extrait notice nécrologique]

 

 

Textes soumis aux droits d'auteur - Réservés à un usage privé ou éducatif.